Le monde regarde ailleurs. Israël redouble d’efforts dans le génocide

mardi 31 mars 2026

Pendant qu’Israël frappe l’Iran et que les écrans s’emballent, Gaza et la Cisjordanie disparaissent des radars. Pourtant, le génocide continue : 72 000 morts, des colonies qui avalent les terres, des populations affamées et détenues sans jugement. Ce n’est pas un oubli. C’est une méthode. Et nous n’avons pas le droit de regarder ailleurs.

unionpalestinemarseille, Collectif marseillais militant et citoyen de soutien au peuple palestinien ; Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.
Billet de blog 14 mars 2026

Il y a une géographie de l’attention internationale et les criminels de guerre ont toujours su en tirer profit. Des théâtres d’opérations concentrent les regards, les analyses, les unes de presse, permettant d’agir à l’abri des regards avec une barbarie redoublée. Depuis la fin du mois de février 2026, ce théâtre s’appelle l’Iran. L’agression militaire organisée par Israël contre l’Iran a permis de faire passer Gaza et la Cisjordanie au second plan. Le monde scrute les frappes sur les infrastructures nucléaires iraniennes, les trajectoires des missiles, les cartes des théâtres d’affrontement. Pendant ce temps, dans l’enclave de Gaza (un véritable charnier à ciel ouvert depuis 2023) et sur les collines de Cisjordanie, deux processus continuent, méthodiques, implacables : un génocide et une colonisation en marche forcée, tous deux visant à l’effacement total du peuple palestinien de ses propres terres. Ce qui se dessine est une véritable stratégie du paravent dans le déploiement d’une méthode meurtrière toujours plus invisibilisée.

Pour lire la suite : https://blogs.mediapart.fr/unionpalestinemarseille/blog/140326/le-monde-regarde-ailleurs-israel-redouble-d-efforts-dans-le-genocide-1

Gaza : le génocide sous cessez-le-feu

Il faut commencer par les mots, parce que les mots ont été l’objet d’une guerre en eux-mêmes. Génocide. Le terme est désormais entériné par les plus grandes organisations de droits humains de la planète. Plus de 72 000 Palestiniennes et Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023. Mais ce chiffre, déjà vertigineux, reste une sous-estimation, il sera démultiplié le jour où l’on laissera les ONG travailler à Gaza. L’Institut Max Planck de recherche démographique, référence scientifique allemande, estime à plus de 100 000 le nombre de victimes directes de l’armée israélienne, un chiffre que ses auteurs considèrent eux-mêmes comme une limite inférieure du bilan réel.

Un cessez-le-feu est théoriquement en vigueur depuis octobre 2025. Il ne protège personne. Malgré cette trêve, 630 Palestiniennes et Palestiniens sont morts et des milliers ont été blessés dans des frappes israéliennes, d’après le ministère de la Santé de Gaza. Et depuis que les missiles israéliens ont frappé l’Iran, Gaza est de nouveau hermétiquement bouclée. Avec le lancement de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février 2026, Israël a fermé les trois points de passage qui permettaient d’accéder à la bande de Gaza avant de rouvrir partiellement le passage de Kerem Shalom.

Le 27 février, le gouvernement israélien avait décidé d’interrompre les activités de 37 organisations internationales d’aide humanitaire travaillant dans le territoire palestinien occupé, dont Médecins sans frontières. La Cour suprême israélienne a certes suspendu cette décision le même jour. Mais l’intention était posée, noir sur blanc. Ce que cela signifie concrètement, Amnesty International l’a documenté dans un rapport publié le 13 mars 2026. Il n’y a pas une seule machine d’IRM en état de marche sur le territoire de Gaza. En l’absence de diagnostic initial, les soignants sont contraints de continuer de deviner, ce qui met en danger la vie des patients et réduit l’efficacité des traitements. 37 000 femmes enceintes et allaitantes souffriront de malnutrition aiguë et auront besoin de traitements avant mi-octobre 2026, d’après les dernières projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire.

Ce n’est pas une guerre. Ce n’est même plus une opération militaire. C’est un écosystème de destruction organisée. L’espérance de vie à Gaza est passée de 74 à 40 ans pour les hommes et de 77 à 47 ans pour les femmes. Une génération anéantie statistiquement. Une population dont on réduit délibérément les conditions de survie jusqu’à ce qu’elle disparaisse ou capitule. Devant un tel état de fait, des politiciens persistent et signent niant le terme de génocide comme Benoit Payan, maire de Marseille, qui sur une antenne communautaire au sujet du génocide proclamé fièrement : « ce n’est pas un sujet pour moi ». Ceux-là devront un jour rendre compte de leur négationnisme et de fait de leur complicité.

Cisjordanie : l’annexion en actes

Pendant que les caméras filmaient les frappes sur Téhéran, Bezalel Smotrich continuait son travail. Sans bruit. Sans couverture médiatique. 2025 constitue un record de l’expansion coloniale depuis le début du suivi, avec 86 nouvelles colonies (principalement des avant-postes) et plus de 30 000 personnes déplacées, principalement dans les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem, sans possibilité de retour.

Il s’agit là encore de manière indéniable et reconnue comme telle par les principales instances pénales et juridiques internationales d’une politique de transfert de sa population par une puissance occupante, politique bien sûr totalement illégale. Le génocide prend, ici, la forme d’une politique d’effacement méthodique, plus lente mais tout aussi implacable. Smotrich l’a lui-même formulé avec une franchise glaçante : « L’État palestinien est en train d’être effacé de la table, non par des slogans, mais par des actes. Chaque colonie, chaque quartier, chaque unité de logement est un nouveau clou dans le cercueil de cette idée ».

Le projet E1, approuvé en septembre 2025 par Netanyahu en personne, cristallise cette stratégie. Ce vaste projet de colonisation serait construit sur une bande de terre stratégique séparant la moitié nord de la Cisjordanie de la moitié sud, divisant effectivement le territoire en deux. Le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié ce projet de « grave erreur » le 10 mars 2026, estimant qu’il « compliquerait la solution des deux États » et a appelé ses alliés européens à se joindre à lui. Une déclaration diplomatique. Pas une sanction. Pas même une menace. L’hypocrisie comme logiciel politique n’est donc pas l’apanage des élus locaux marseillais.

Pendant ce temps, sur le terrain : les autorités israéliennes ont émis plus de 1400 ordonnances de détention administrative nouvelles ou renouvelées, sans inculpation formelle, au cours des deux premiers mois de 2026. Le nombre de détenus administratifs est ainsi passé d’environ 1300 avant le 7 octobre 2023 à plus de 3500 en février 2026. Militants, étudiants, journalistes, parlementaires, femmes et enfants sont de plus en plus souvent pris pour cible. Entre le 7 octobre 2023 et le 5 février 2026, les forces israéliennes et les colons ont tué 1 054 Palestiniens en Cisjordanie occupée. Et depuis le début de l’année 2026, plus de 900 Palestiniens ont été contraints de quitter leur foyer dans un contexte de recrudescence des violences et des démolitions, l’OCHA recensant plus de 50 attaques de colons en seulement deux semaines.

La stratégie du rideau de fumée

Ne soyons pas naïfs, qui parmi les amis de la Palestine peut encore l’être, la simultanéité entre les offensives régionales d’Israël et l’accélération de la colonisation en Cisjordanie n’est pas fortuite. C’est une architecture politique, un plan complexe ou chaque diversion sert d’une manière ou d’une autre les ambitions sionistes et la volonté farouche du gouvernement israélien de se débarrasser de tout le peuple palestinien. Chaque fois qu’Israël ouvre un nouveau front, au Liban, en Syrie, en Iran, la Palestine disparaît des écrans. En février 2026, au cours de la guerre de Gaza, Israël a décidé unilatéralement d’accroître son contrôle sur les zones A et B, théoriquement administrées par l’Autorité palestinienne, et de faciliter l’achat de terres par les Israéliens, ce qui pourrait signer la fin des accords d’Oslo et une annexion de fait de la Cisjordanie.

La mécanique est rodée : les guerres régionales servent de couverture aux guerres coloniales. L’attention mondiale est une ressource finie. Israël le sait et l’exploite.

Refuser l’habituation

Ce qui est en jeu, c’est l’habituation. L’acceptation progressive de l’insupportable comme nouvelle normalité. 72 000 morts, bientôt 100 000. Des milliers de détenus sans jugement. Un territoire découpé, colonisé, coupé en deux. Une population déplacée, malnutrie, privée de soins. Toutes ces données coexistent avec des communiqués diplomatiques, des rappels d’ambassadeurs, des résolutions non contraignantes. Avec les cérémonies de la « communauté internationale ». Avec le silence complice de ceux qui savent et qui calculent. Il n’y a pas de bon moment pour détourner le regard de la Palestine. Il n’y a pas de guerre suffisamment spectaculaire ailleurs pour justifier l’oubli d’un génocide en cours. Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ne sont pas des victimes collatérales de la géopolitique régionale. Ils en sont les premières cibles. Délibérément. Méthodiquement. Et nous avons le devoir de regarder.


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