Les images de la destruction du patrimoine iranien, “imprégné de souvenirs et d’émotions” pour la population

jeudi 26 mars 2026

EN PHOTOS - Outre l’effroyable bilan humain qu’elles causent, les frappes menées par Israël et les Etats-Unis sur l’Iran réduisent en poussière l’incroyable patrimoine architectural du pays.

Par Rémi Guezodje, Publié le 18 mars 2026

Des joyaux architecturaux, modernistes et plus anciens (XVIᵉ- XVIIᵉ siècles), s’effondrent en Iran, frappés par les bombes américaines et israéliennes depuis maintenant trois semaines. Aux mille deux cents personnes tuées et près de cinq mille blessées à Téhéran — selon la Human Rights Activists News Agency (Hrana) — s’ajoutent ainsi des pertes patrimoniales immenses.

Le politologue Alexandre Kazerouni, maître de conférences à l’École normale supérieure et spécialiste du monde musulman contemporain, recense les dégâts. Avec ces édifices disparaît une précieuse histoire artistique et politique, entraînant une « émotion collective chez les Iraniens ».

Le Parlement iranien, le “Madjles”

Alexandre Kazerouni : « Le siège du conseil des experts, chargé de désigner le successeur du guide, a été bombardé le mardi 3 mars. L’édifice est connu du grand public sous le nom de Madjles (“parlement”, en iranien). Le bâtiment [réalisé en 1970, ndlr], l’un des plus ambitieux programmes d’architecture publique moderniste de l’après-guerre en Iran, est signé Heydar Ghiai (1922-1985), un architecte qui a étudié aux Beaux-Arts de Paris. Cette chambre parlementaire est son plus important projet architectural en Iran, avec une très grande façade ajourée et un aménagement intérieur signé du célèbre décorateur français Jean Royère.

Il y avait une dimension politique dans les expériences architecturales de la modernité à cette époque. Elles témoignent d’une capacité à participer aux débats culturels à l’échelle internationale. Un sujet pris très au sérieux par la monarchie impériale, mais aussi par la théocratie qui lui a succédé, la République islamique. Ces bâtiments reflètent cette continuité. Ce qui explique que l’Iran soit pionnier de la “patrimonialisation” du modernisme au Moyen-Orient. »

Pour lire la suite : https://www.telerama.fr/debats-reportages/les-images-de-la-destruction-du-patrimoine-iranien-impregne-de-souvenirs-et-d-emotions-pour-la-population-7030220.php

Le complexe sportif Azadi

Des Iraniennes après le match opposant l’Iran au Portugal au stade Azadi de Téhéran, le 26 juin 2018.

16 mars 2026, Téhéran : la salle omnisports de 12 000 places du complexe sportif Azadi a été totalement détruite par les bombardements. Photo Stringer/Picture Alliance/Getty Images

« Ce complexe sportif, dessiné dans les années 1970 par l’architecte star iranien Abdol Aziz Farmanfarmaian (1920-2013), a aussi été bombardé le 3 mars. Son stade couvert, immense, l’un des plus grands d’Iran, a ensuite pris feu. Cet ensemble a été construit alors que l’Iran projetait d’accueillir les jeux Olympiques de 1984, qui auront finalement lieu à Los Angeles. Pour convaincre en amont le comité olympique, l’Iran avait organisé les « jeux Asiatiques » en 1974. Pour le premier grand événement sportif international du Golfe, le régime avait sollicité Abdol Aziz Farmanfarmaian, l’un des grands architectes chargés de commandes publiques dans l’après-guerre. Ce prince issu d’une famille régnante du XIXᵉ siècle a aussi construit d’autres bâtiments modernistes monumentaux, comme la Bourse de Téhéran et le bâtiment des télécommunications. »

L’aéroport international de Mehrabad, le plus petit des deux aéroports internationaux desservant Téhéran.

Ce même aéroport a été la cible de frappes israéliennes le 7 mars 2026.

« L’aéroport historique de Téhéran, construit en 1938, a aussi été bombardé dans la foulée. Il a été conçu par l’architecte arméno-iranien Eugène Astandelian. Ce n’est pas le bâtiment le plus extraordinaire de ce patrimoine moderniste, mais il est imprégné de souvenirs et d’émotions collectives. C’est là d’où part, en larmes, Mohammad Reza Pahlavi, accompagné de l’impératrice, le 16 janvier 1979. Et où arrive l’ayatollah Khomeini le 1ᵉʳ février 1979, à bord d’un avion français. Le seul moment où Siavosh Ghazi (l’un des derniers journalistes francophones en Iran, correspondant de RFI et de France 24 à Téhéran) s’est détourné, ces derniers jours de l’actualité, a été pour raconter en direct à la télévision que cet aéroport lui rappelait sa mère. Elle y avait pris pour la première fois l’avion dans les années 1950. Une “sortie de route” qui illustre l’émotion que ce patrimoine moderniste peut provoquer. »

Le palais du Golestan

Le palais du Golestan, situé au centre de Téhéran, la capitale iranienne, photographié le 17 avril 2017. Photo Thomas Schulze/Picture Alliance/Getty Images

Le palais du Golestan a été endommagé par des frappes le 3 mars 2026. Photo Fatemeh Bahrami/Anadolu/AFP

« Les Israéliens ont bombardé un commissariat qui se trouve sur la petite place devant l’emblématique palais de la Roseraie (“Golestan”, en persan), le lundi 2 mars. Ce complexe palatial du XVIᵉ siècle est le plus important de l’Iran et a été le siège du pouvoir du XVIIIᵉ siècle jusqu’aux années 1930. Toutes ses vitres anciennes, ses miroirs et ses vitraux ont été brisés, alors que l’Iran maîtrise des techniques d’ornement majeures depuis le XVIIᵉ siècle, comme la marqueterie sur miroir. »

Le palais de marbre, ancien siège du pouvoir à Téhéran. Photo Keivansamavatian/CC
Cette image satellite, prise puis diffusée le 3 mars 2026, montre le complexe présidentiel et la résidence de Khomeini à Téhéran après les frappes aériennes.

« La guerre a commencé par le bombardement de ce qui est appelé la “maison du guide”. Celle-ci se trouve dans le grand complexe palatial nommé “palais de Marbre”, qui a succédé au palais du Golestan. Un ensemble construit dans les années 1920 et 1930, et siège du pouvoir jusque dans les années 1960. Il faut s’imaginer des jardins très verts entourant des pavillons, qui étaient les résidences des enfants de Reza Chah Pahlavi (1878-1944) [empereur de Perse de 1925 à 1941, et fondateur de la dynastie Pahlavi, ndlr]. Le bombardement a surtout touché le bâtiment principal, le fameux palais de Marbre, et a soufflé une grande partie de l’ensemble architectural. »

« Une bombe est tombée à proximité de ce qui est, selon moi, le plus grand joyau urbain d’Iran : la place de l’Image-du-monde (place Naghch-e Djahan), à Ispahan. C’est très certainement le programme d’architecture urbaine le plus ambitieux au monde au début du XVIIᵉ siècle. Jamais on n’avait créé une place aussi grande, avec tout autour deux mosquées, l’entrée du bazar et celle de la citadelle impériale. Les Israéliens ou les Américains (on ne sait pas encore qui) ont touché un poste de police à proximité très immédiate de cette place. Ce qui a provoqué un souffle, et fait tomber des stucs et des éléments de verre et de miroir du palais de Chehel Sotoun (palais des “Quarante Colonnes”) — un lieu aux ornements incroyables, et un rendez-vous touristique incontournable en Iran. »


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