Menacé d’expulsion, le Palestinien Ramy Shaath remporte une première victoire
Alors que la France l’avait accueilli après sa libération des geôles égyptiennes, le militant palestinien risque une expulsion après que son visa n’a pas été renouvelé. Un avis défavorable de la commission départementale en charge des expulsions lui donne un répit.
C’est une première étape qui redonne le sourire à Ramy Shaath et à ses soutiens. Jeudi 21 mai, la commission départementale d’expulsion des Hauts-de-Seine s’est prononcée contre l’expulsion du militant, fils du négociateur palestinien Nabil Shaath, figure de la révolution égyptienne de 2011 et de la lutte du peuple palestinien.
Installé en France depuis que l’Égypte, championne des détentions arbitraires et des procès inéquitables, a accepté de le sortir en 2022 de la geôle où elle l’avait jeté deux ans et demi durant sous l’obscur, mais très souvent utilisé, motif de « troubles contre l’État », Ramy Shaath est marié à une citoyenne française et désormais père d’une enfant née en novembre 2023.
Source : Mediapart le 21 mai 2026
https://www.mediapart.fr/journal/france/210526/menace-d-expulsion-le-palestinien-ramy-shaath-remporte-une-premiere-victoire
Photo : portrait par Contretemps
Mais l’État français refuse de renouveler le premier visa de un an qu’il lui a attribué à sa libération. Et, fin avril, la préfecture des Hauts-de-Seine a même lancé une procédure en vue d’une éventuelle expulsion du territoire. Encore une fois, Ramy Shaath, qui a également conseillé Yasser Arafat, se retrouve accusé par des autorités de « menacer l’ordre public » parce qu’il élève la voix en faveur du peuple palestinien et prône le boycott d’Israël.
Mais jeudi, les juges ont estimé qu’expulser Ramy Shaath pour des propos tenus en manifestation ou pour son implication dans des associations de solidarité avec la Palestine porterait atteinte à deux principes : le respect de la vie privée et la liberté d’expression, rapporte son avocate Damia Taharraoui, aux portes du tribunal de Nanterre.
« Il n’y a pas de menace à l’ordre public parce que le contenu cité pour les accusations est protégé par la liberté d’expression », explique-t-elle. Et envoyer Ramy Shaath vers un autre pays – non mentionné par la préfecture car il a dû renoncer à sa citoyenneté égyptienne et ne peut être expulsé vers la Palestine, dont il possède un passeport, en raison de la guerre – porterait « une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée familiale », ont encore ajouté les juges.
Pas de quoi malgré tout imaginer le militant tiré d’affaire tout de suite, nuance son avocate. « C’est un avis consultatif et pas contraignant donc nous surveillons maintenant la réaction de la préfecture et du ministère de l’intérieur qui peuvent très bien prendre un arrêt d’expulsion malgré tout. Ce n’est pas la fin de la bataille, ce n’est qu’une première victoire », assure ainsi Damia Taharraoui.
« C’est un avis consultatif mais il met dans l’embarras le ministère de l’intérieur. À chaque fois qu’ils essayent de me faire taire, le droit me donne raison. Pour autant, je ne pense pas que le harcèlement que je subis va s’arrêter là », affirme de son côté Ramy Shaath à Mediapart.
Mobilisation populaire
Céline Lebrun-Shaath, qui n’a cessé de mener le combat pour obtenir la libération de son mari des prisons de l’ex-maréchal Abdel Fattah al-Sissi dit, elle, « espérer que la préfecture et le ministère de l’intérieur vont prendre acte de cet avis défavorable mais aussi de l’énorme mobilisation populaire des derniers jours, avec une pétition qui a réuni plus de 10 000 signatures et des élus de tous bords politiques qui se sont exprimés pour dénoncer ce détournement de mesures administratives à des fins de répression politique ».
Car ce bras de fer entre les autorités et un militant de la cause palestinienne en France s’inscrit dans un contexte plus large : celui de l’explosion des procédures pour apologie du terrorisme et de tentatives de criminalisation des mouvements propalestiniens depuis le 7 octobre 2023, en même temps que la multiplication des mobilisations et autres pétitions. Dernièrement, un texte dénonçant une loi accusée de vouloir museler la critique d’Israël en France a ainsi réuni plus de 700 000 signatures avant d’être tout simplement remisée au placard.
Ramy Shaath est l’un des cofondateurs, fin 2023, du collectif Urgence Palestine, dont le ministre de l’intérieur d’alors, Bruno Retailleau, avait tenté d’obtenir la dissolution en 2025 pour « apologie d’une organisation terroriste comme le Hamas, appel à l’Intifada sur le territoire national et provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination contre les juifs ». La procédure n’est pas allée à son terme et quatre rapporteurs spéciaux de l’ONU et un expert indépendant avaient jugé que cette dissolution pouvait constituer « une restriction ni nécessaire ni proportionnée des droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique, d’association ».
La notification d’expulsion de la préfecture des Hauts-de-Seine décrit longuement les liens entre Urgence Palestine et d’autres organisations, y compris la plus ancienne et modérée, l’Association France Palestine Solidarité, et avec des figures de la cause palestinienne, comme Salah Hamouri, expulsé vers la France en 2022 après sa détention par Israël.
Salah Hamouri comme Omar Alsoumi, l’un des porte-paroles d’Urgence Palestine, étaient jeudi à Nanterre devant le tribunal pour accompagner Ramy Shaath, également soutenu par le maire divers gauche de la ville, Raphaël Adam, par La France insoumise, le Parti communiste français ou le Prix Nobel de la paix 2005, Mohamed el-Baradei. Tous promettent désormais de se revoir à la prochaine mobilisation, s’il en est besoin.
« Au-delà de l’abandon de la procédure d’expulsion, nous demandons à la préfecture d’enfin octroyer à Ramy la carte de séjour à laquelle il a droit en tant qu’époux et parent d’enfant français », plaide son épouse, Céline Lebrun-Shaath.
« Je n’ai toujours pas de titre de séjour depuis deux ans et demi sans aucune raison légale, donc on va continuer à se mobiliser. Mais, surtout, on va continuer à se mobiliser pour la Palestine, parce que c’est ça le plus important, même s’ils font tout pour détourner notre attention avec ces affaires annexes », enchaîne Ramy Shaath. Avant d’être attrapé par la manche par des soutiens pour venir prendre la pose, keffieh autour du cou, devant un grand drapeau noir, rouge, vert et blanc de la Palestine.
