Propos de Wim Wenders à la Berlinale : Tilda Swinton, Javier Bardem et d’autres se disent “consternés”

En déclarant que “le cinéma devait rester en dehors de la politique”, le président du jury a soulevé une vague d’indignation. Une lettre ouverte signée par plus de 80 artistes dénonce une manifestation à la botte du pouvoir.
Par Frédéric Strauss, publié le 18 février 2026
Un texte, signé entre autres par Tilda Swinton, s’inscrit dans le prolongement des violentes dissensions qui avaient suivi des prises de parole en soutien au peuple palestinien, lors de la cérémonie de clôture, en 2024. Photo Romuald Meigneux/Starface
Le malaise grandit. Une semaine après son ouverture, la Berlinale se retrouve engluée dans la polémique déclenchée par les propos de Wim Wenders, président du jury 2026. En défendant, lors de sa conférence de presse, l’idée que le cinéma devait rester en dehors de la politique, dont il serait le contrepoids, le réalisateur a paradoxalement politisé la 76ᵉ édition du festival allemand. Aux nombreuses contestations de ses propos vient ainsi de s’ajouter une lettre ouverte signée par des artistes de renom, parmi lesquels Tilda Swinton, Javier Bardem, Adèle Haenel et Nan Goldin — ils sont quatre-vingt-un au total. Plus qu’un message de protestation, il s’agit d’une mise en accusation directe de la ligne éditoriale de la Berlinale, mais aussi de ses pratiques internes. Tous les signataires y ont été invités par le passé ou cette année même.
Pour lire la suite : https://www.telerama.fr/cinema/propos-de-wim-wenders-a-la-berlinale-tilda-swinton-javier-bardem-et-d-autres-se-disent-consternes-0642-7029786.php
Diffusé par l’organisation professionnelle Film Workers for Palestine, le texte s’inscrit dans le prolongement des violentes dissensions qui avaient suivi des prises de parole en soutien au peuple palestinien, lors de la cérémonie de clôture, en 2024. Pour beaucoup, le festival avait alors perdu la face, incapable de défendre les artistes qu’il invitait, conspués par une part de la classe politique allemande et par la ville de Berlin pour leur engagement en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza.
En revenant sur l’édition 2025, la lettre ouverte abîme encore davantage l’image de la manifestation et aggrave les reproches qui lui sont faits : « L’année dernière, des cinéastes ayant pris la parole à la Berlinale pour défendre la vie et la liberté des Palestiniens ont rapporté avoir été violemment réprimandés par la direction du festival. L’un d’eux aurait fait l’objet d’une enquête policière, et la direction de la Berlinale a insinué, à tort, que son émouvant discours — fondé sur le droit international et la solidarité — était “discriminatoire”. Comme l’a confié un autre cinéaste à Film Workers for Palestine à propos du festival de l’année dernière : “Il régnait un climat de paranoïa, un sentiment de vulnérabilité et de persécution que je n’avais jamais éprouvé auparavant dans un festival de cinéma.” Nous nous tenons aux côtés de nos collègues pour condamner cette répression institutionnelle et ce racisme anti-palestinien. »
Nous sommes consternés par l’implication de la Berlinale dans la censure d’artistes qui s’opposent au génocide israélien en cours contre les Palestiniens à Gaza.
Tout en suggérant qu’une police de la pensée pourrait y avoir droit de cité, la lettre ouverte adressée au festival décrit sans ambages une manifestation à la botte du pouvoir : « Nous sommes consternés par l’implication de la Berlinale dans la censure d’artistes qui s’opposent au génocide israélien en cours contre les Palestiniens à Gaza et au rôle clé de l’État allemand dans sa facilitation.
Comme l’a déclaré l’Institut du film palestinien, le festival “surveille les cinéastes tout en réaffirmant son engagement à collaborer avec la police fédérale dans le cadre de ses enquêtes”. » Des accusations qu’il était difficile pour la Berlinale d’ignorer comme celles d’un tract partisan.
Arrivée en 2024 pour redonner un tonus artistique à ce grand festival en perte de vitesse, la directrice Tricia Tuttle s’est exprimée auprès de nos confrères de Screen sur le dossier politique décidément inflammable dont elle hérite.
« Nous comprenons d’où vient cette colère et cette frustration face aux souffrances du peuple de Gaza, ainsi que l’urgence de s’exprimer et de faire entendre sa voix. Nous le comprenons parfaitement. Mais nous sommes vivement en désaccord avec les fausses informations diffusées. Ces allégations inexactes concernant la Berlinale sont sans fondement ou anonymes, nous ne savons pas qui les exprime et nous les rejetons. Nous estimons qu’il est légitime d’avoir des opinions divergentes mais la désinformation est dangereuse. Elle nuit au festival et à toutes les personnes qui œuvrent pour que nous offrions une plateforme cinématographique sûre, équitable et reflétant une diversité de perspectives sur le monde ».
Interrogée sur la volonté de la Berlinale de communiquer publiquement sur le sujet, spécialement lors de la cérémonie de clôture, samedi prochain, Tricia Tuttle a seulement déclaré : « Nous avançons pas à pas ». En terrain miné.

