Six pays, dont la France, se disent prêts à aider à sécuriser le détroit d’Ormuz

samedi 21 mars 2026

La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Japon dénoncent les attaques iraniennes des infrastructures civiles énergétiques dans le Golfe, qui ont entraîné jeudi une flambée des prix du pétrole et du gaz. Le ministre de la défense états-unien affirme que son pays n’a pas de « calendrier défini » pour la fin de sa guerre.

Agence France-Presse, 19 mars 2026

La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Japon se sont dits jeudi « prêts à contribuer » à sécuriser le détroit d’Ormuz, tout en condamnant les attaques iraniennes des infrastructures civiles énergétiques dans le Golfe.

« Nous demandons un moratoire immédiat et général sur les attaques contre les infrastructures civiles, notamment les installations pétrolières et gazières [et] nous nous déclarons prêts à contribuer aux efforts nécessaires pour garantir la sécurité du passage dans le détroit », disent-ils dans un communiqué conjoint relayé par l’Agence France-Presse (AFP).

Le président américain avait encore une fois dénoncé mercredi le refus des alliés des États-Unis de les aider à sécuriser ce détroit, par lequel transite en temps normal un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures.

Conséquence immédiate des frappes visant des installations énergétiques : le prix du gaz européen s’est envolé de 35 % jeudi. Vers 15 heures, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, bondissait de 21 % à 66,15 euros le mégawattheure, après avoir grimpé jusqu’à 35 %.

Les prix du pétrole sont eux aussi repartis à la hausse, le baril de Brent grimpait jeudi après-midi de près de 1,45 %, à 111,24 dollars. Afin de tenter de contenir cette flambée des cours, l’administration Trump a d’ores et déjà suspendu certaines restrictions sur le transport de carburant.

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Ce choc énergétique majeur a des conséquences très concrètes à travers le monde : la compagnie aérienne SAS a dit annuler au moins un millier de vols en avril, quelques jours après avoir déjà augmenté ses tarifs, et l’Italie a adopté un décret pour réduire les prix du carburant.

La Banque centrale européenne (BCE) a de son côté averti jeudi que la flambée des prix de l’énergie risque d’alimenter sur la durée l’inflation et de peser sur la croissance en zone euro, tout en maintenant ses taux.

« La guerre au Moyen-Orient a considérablement accentué l’incertitude entourant les perspectives, créant des risques à la hausse pour l’inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique », selon le communiqué de décisions du jour de l’institut monétaire.

La BCE estime que cela aura une « incidence significative » sur l’inflation à court terme par les prix de l’énergie, avec des effets à moyen terme dépendant de l’intensité et de la « durée du conflit » ainsi que de leur impact sur l’économie, est-il expliqué.

Les États-Unis sans « calendrier défini »

Le ministre de la défense américain, Pete Hegseth, a pour sa part déclaré jeudi que les États-Unis n’avaient pas de « calendrier défini » ni de « délai fixé » pour la fin des opérations militaires états-uniennes en Iran, commencées il y a bientôt trois semaines.

« Nous ne souhaitons pas fixer de calendrier précis à ce sujet », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse, tout en assurant que l’opération était « tout à fait dans les temps » pour remplir les objectifs fixés par le président Donald Trump. C’est à lui « qu’il reviendra, en fin de compte, de décider à quel moment nous dirons : “Bon, nous avons atteint nos objectifs”, a-t-il par ailleurs répété. Il n’y a donc pas de délai fixé. »

Pour soutenir cette guerre, le Pentagone va demander au Congrès américain de lui attribuer des fonds supplémentaires, a-t-il par ailleurs confirmé. Le Washington Post avait rapporté plus tôt que le Pentagone souhaitait demander par l’intermédiaire de la Maison-Blanche plus de 200 milliards de dollars au Congrès pour financer la guerre en Iran.

Questionné sur ce montant faramineux, le ministre de la défense a dit qu’il « pourrait évoluer ». Mais « il est évident qu’il faut de l’argent pour neutraliser les méchants, a-t-il poursuivi. Nous allons donc retourner voir le Congrès […] pour nous assurer que nous bénéficions des fonds nécessaires pour ce qui a été fait, pour ce que nous pourrions avoir à faire à l’avenir, et pour veiller à ce que nos stocks de munitions soient non seulement réapprovisionnés, mais qu’ils dépassent largement nos besoins. »

Attaques iraniennes dans le Golfe

L’Iran a lancé mercredi soir une série d’attaques contre des installations énergétiques dans les pays du Golfe après avoir subi un nouveau coup, la mort de son ministre du renseignement, tué dans une frappe revendiquée par Israël.

Un appartement détruit, avec une vue sur Tel-Aviv (Israël), après une frappe de missile iranien dans la nuit du 19 mars 2026. © Photo Ilia Yefimovich / AFP

Après le puissant chef de la sécurité Ali Larijani, le ministre du renseignement, Esmaïl Khati : la liste des responsables iraniens tués par les États-Unis et Israël s’allonge depuis la mort du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, au premier jour de la guerre le 28 février.

Cette « série d’éliminations » ne « cessera pas », a assuré Israël, qui a promis le même sort à Mojtaba Khamenei, désigné le 8 mars comme successeur de son père, mais qui n’est pas apparu publiquement depuis.

Le conflit, qui a fait en près de trois semaines plus de 2 200 morts, en grande majorité en Iran et au Liban, selon les autorités, embrase le Moyen-Orient et inquiète le monde entier, en particulier pour ses conséquences sur l’économie et l’approvisionnement en hydrocarbures.

Les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique, ont menacé mercredi soir d’intensifier leurs frappes si le secteur énergétique iranien était de nouveau visé, après une attaque contre une installation gazière iranienne majeure dans le Golfe.

« Si cela se reproduit, les attaques contre vos infrastructures énergétiques et celles de vos alliés ne cesseront pas avant leur destruction totale et notre riposte sera bien plus sévère que les attaques de cette nuit », ont-ils affirmé dans un communiqué.

« Loi du talion »

À titre de représailles, l’Iran avait précédemment lancé mercredi soir une série de frappes visant des installations énergétiques dans le Golfe.

Elles ont notamment touché le Qatar, qui a fait état de « dégâts considérables » sur sa principale installation gazière, dénonçant « une menace directe à sa sécurité nationale » et ordonnant l’expulsion de deux diplomates iraniens.

Les autorités saoudiennes ont quant à elles annoncé que cinq drones s’approchant d’une installation énergétique avaient été interceptés dans l’est du pays, et font état de la chute d’un débris de missile près d’une raffinerie au sud de la capitale, Riyad.

L’Iran a ainsi mis ses menaces à exécution après l’incendie dans « certaines parties des installations gazières » de South Pars/North Dome, le plus grand gisement de gaz naturel du monde, provoqué, selon Téhéran, par des « frappes de l’ennemi américano-sioniste ».

« Une logique de loi du talion est désormais en vigueur et un nouveau niveau de confrontation a commencé », a averti le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L’armée israélienne est restée mutique à propos de cette attaque, dont les États-Unis ont été informés mais à laquelle ils n’ont pas participé, selon des sources officielles américaines.

Dans un message écrit, le nouveau Guide suprême a rendu hommage mercredi à Ali Larijani, dont les funérailles sont prévues jeudi dans la ville sainte de Qom, et promis de le venger.

Un texte qui n’a été assorti d’aucune photo ni vidéo et ne dissipe pas les spéculations sur son état : des responsables américains et israéliens disent Mojtaba Khamenei « défiguré », d’autres le disent blessé à la jambe.

Bien que « fortement affaiblie en raison des attaques visant ses dirigeants et ses capacités militaires », la République islamique est toujours en place, a reconnu la cheffe des services de renseignement américains, Tulsi Gabbard, devant le Congrès américain.

Israël poursuit son offensive au Liban

Au Liban, deuxième principal front de la guerre, Israël poursuit son offensive contre le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah. Le cœur de Beyrouth, la capitale, a été touché par des frappes israéliennes qui ont fait douze morts, dont un responsable de la chaîne télévisée du Hezbollah.

L’Union européenne a de son côté appelé Israël à cesser ses opérations au Liban, s’inquiétant d’une situation humanitaire déjà « catastrophique », avec plus d’un million de personnes déplacées.

Le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a annoncé se rendre jeudi au Liban afin de manifester le « soutien et la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu’il n’a pas choisie ».

L’armée israélienne a aussi annoncé avoir frappé le Hezbollah dans la région de Tyr, cité classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

« On est très résilients, on est habitués aux bombardements », assure à l’AFP Moustapha Khairallah, réfugié à Saïda. « Mais ils visent de plus en plus les civils. J’ai été obligé de partir », conclut le vieillard, juché sur deux cannes.

Agence France-Presse


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