Youssef Elqedra : « Il faut inventer un nouveau langage pour dire Gaza »

lundi 30 juin 2025

Youssef Elqedra, poète et chercheur en littérature arabe, lauréat du programme Pause qui met les universitaires en danger à l’abri, est arrivé à Marseille fin avril 2025. Il dit à Mediapart ce que la guerre génocidaire fait au langage et aux mots.

Pour lire la suite de l’article : https://www.mediapart.fr/journal/in...

Marseille (Bouches-du-Rhône).– « À quarante-deux ans, / on ne naît plus. / Les os sont usés, / le cœur comme un vase desséché par un long été. / Le vent qui passe dans ma tête / y laisse l’écho du chant d’une colombe / qui n’a pas trouvé son nid. / À quarante-deux ans, / je suis devenu léger comme l’ombre d’un garçon mort avant d’avoir retenu son nom. / Je marche sur un trottoir désert, / je compte les fissures comme on compte les épreuves. / Gaza, / Une éraflure dans le crâne […]. »

Youssef Elqadra a écrit ce poème début juin, à l’occasion de son anniversaire. À Marseille, sa nouvelle ville, son lieu provisoire, celui qu’habite son corps, en tout cas. Son âme, elle, est toujours à Gaza. Il a été évacué de l’enclave palestinienne fin avril et se trouve en résidence à l’université Aix-Marseille dans le cadre du programme Pause.

Ce poème écrit à Marseille, il l’a lu en arabe devant une assistance attentive, et le texte a été traduit en français par le professeur émérite et traducteur qui l’accompagne dans cette nouvelle vie académique, Richard Jacquemond.

Youssef Elqedra, dont le sourire atteint rarement les yeux bruns, fume cigarette roulée sur cigarette roulée. À la fin de notre rencontre, quand on lui demande s’il veut ajouter quelque chose, une parole de plus, un mot supplémentaire, il déclare : « J’ajouterais bien une tasse de café », boisson qu’il consomme avec ferveur. « Je me rattrape », dit-il, avant de raconter les cigarettes de Gaza. Ou plutôt leur absence.

« Une cigarette a coûté jusqu’à 65 euros. La pièce. Du coup, il a fallu trouver un moyen, des substituts, raconte-t-il. Au marché, des vendeurs proposaient à 1 ou 2 euros pièce des cigarettes faites avec de la roquette ou de la mouloukhiya [corète – ndlr] séchée. Pour donner un peu le goût de la vraie clope, ils mettaient sur les feuilles quelques gouttes de liquide de cigarette électronique. »

SOURCE : Médiapart


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