« À cause de l’expansion continue des colonies, je ne pourrai plus avoir accès à ma ferme ni la cultiver » : la lettre d’un agriculteur palestinien

jeudi 28 juillet 2022

Les colonies ne sont pas seulement interdites par le droit international, elles rendent la vie impossible à des millions de Palestiniens. C’est la réalité que nous dépeint l’agriculteur palestinien Farid Taamallah, dans une lettre.

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>> Pour interdire toute importation des produits des colonies : signons la pétition européenne #StopColonies !

Je m’appelle Farid, je suis un agriculteur palestinien et je possède une ferme dans le village de Qira, situé à 50 km au nord de la ville de Ramallah. Depuis mon enfance, je cultivais la terre avec ma mère, et nous vivions exclusivement de ce travail. De nombreux arbres qui se trouvent aujourd’hui dans la ferme ont été plantés par mon père et ma mère tandis que d’autres ont été plantés par mes propres enfants, car nous passions les week-ends à travailler sur la terre et à profiter de ses bienfaits.

Dans ma ferme se trouvent des amandiers, des figuiers et des oliviers, dont certains ont jusqu’à 700 ans. Nous en tirons des figues fraîches et séchées, des amandes et de l’huile d’olive. La saison dernière, nous avons produit trois tonnes d’huile d’olive dans notre ferme. Depuis le début de l’occupation israélienne, ma ferme a été progressivement entourée de colonies israéliennes, construites pour la plupart sur des terres privées appartenant à des Palestiniens, souvent transmises par des générations d’agriculteurs.

Pour Farid et pour le peuple palestinien colonisé, nous avons le pouvoir de changer les choses et d’obliger la Commission européenne à interdire tout commerce avec les colonies.
Signez dès maintenant la pétition européenne #StopColonies !

Mes concitoyens et moi souffrons de la présence de ces colonies et de l’agressivité des colons qui ont attaqué notre village à plusieurs reprises au cours des dernières années, la dernière fois en février de cette année. Les colons ont attaqué les maisons des agriculteurs à la périphérie du village, ont brisé les vitres des maisons, crevé les pneus des voitures et écrit des slogans racistes appelant à l’expulsion des Palestiniens des zones de "Judée et Samarie qui appartiennent aux Juifs", selon leurs dires.

Il en va de même pour tous les agriculteurs des villages adjacents au mien, comme Kufr Haris et Marda, dont les terres ont été volées afin de construire des colonies israéliennes. Les agriculteurs sont empêchés d’accéder à leurs terres adjacentes à la colonie. Nous souffrons également du vol de nos récoltes par les colons, notamment lors de la cueillette des olives.

Nous souffrons d’une grande pénurie d’eau utilisée pour irriguer nos cultures agricoles. Cette pénurie n’est pas causée par la sécheresse ou la rareté de l’eau mais par la distribution injuste de l’eau par les autorités israéliennes. L’eau est disponible pour les habitants des colonies voisines 24h/24 et 7 jours sur 7, alors qu’elle n’arrive dans nos maisons et nos fermes qu’une fois par semaine. Outre le fait que les Israéliens volent notre eau souterraine, ils nous la vendent à des prix très élevés, ce qui fait peser une énorme charge financière sur les agriculteurs palestiniens, si bien que nous ne pouvons pas concurrencer les produits israéliens dans les colonies. Bien que les colonies illégales aient été construites sur nos terres confisquées, nous n’y avons pas accès, sauf pour les travailleurs munis de permis de travail spéciaux.

Ici, deux systèmes juridiques différents sont appliqués par Israël dans la même zone géographique, ce qui favorise les colons israéliens par rapport aux Palestiniens qui vivent à quelques centaines de mètres de là. A cause de l’expansion continue des colonies, je ne pourrai plus avoir accès à ma ferme ni la cultiver comme avant. Elle pourrait finir par être annexée à une colonie israélienne, en vue du transfert de sa propriété à des colons israéliens.

D’autre part, nous rencontrons des difficultés pour exporter nos produits agricoles tels que l’huile d’olive en dehors de la Palestine, car les autorités israéliennes, qui contrôlent les frontières et les checkpoints, imposent des restrictions drastiques à l’exportation des produits agricoles palestiniens vers le monde extérieur, comme l’Europe. En outre, les agriculteurs colons israéliens qui exploitent nos terres volées bénéficient de grandes facilités pour exporter leurs produits et trouvent un marché libre et attractif en Europe, ce qui les encourage à continuer à voler des terres et à étendre les colonies.

Nous espérons que l’Europe cessera d’importer les produits des colonies et adoptera des lois interdisant l’importation de ces produits. Cela revêt une grande dimension financière et morale pour nous et contribuerait à obtenir la justice qui nous a toujours été refusée.

Farid Taamallah, agriculteur, journaliste et activiste politique basé à Ramallah.

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