Gaza entre traumatisme colonial et génocide

lundi 15 avril 2024

Ce n’est pas avec les outils de celles et ceux qui vivent dans la « paix  » que nous pouvons comprendre et analyser ce qui se passe aujourd’hui ; cela n’est envisageable (à supposer que cela soit même possible pour ceux qui ne vivent pas à Gaza ou dans les territoires palestiniens occupés) qu’à partir d’un espace défini par les effets de la violence et des traumatismes coloniaux.

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Dans les heures qui ont suivi l’attaque des combattants palestiniens dans le sud d’Israël, les observateurs occidentaux, déconcertés, se sont demandés pourquoi le Hamas et les jeunes Palestiniens de Gaza, nés et élevés sous le siège et les bombes, avaient lancé une attaque de cette ampleur, et à ce moment-là précisément. D’autres se sont étonnés de cet étonnement.

Le gouvernement israélien a réagi en déclarant la « guerre totale  », en promettant l’anéantissement de Gaza et en demandant aux habitants de partir. Tout en sachant qu’il n’y avait pas d’échappatoire, et allant jusqu’à mobiliser l’Holocauste et à comparer les combattants aux nazis, le gouvernement israélien s’est engagé dans une opération qui, selon lui, vise à la destruction du Hamas.

En fait, à l’heure où j’écris ces lignes, Gaza est en train d’être rasée, le nombre insupportable de morts palestiniens augmente d’heure en heure, des gens fuient sous les bombes israéliennes, l’eau, l’électricité et le carburant sont coupés, les hôpitaux – où chaque minute arrive un patient - sont au bord de la catastrophe, et des convois humanitaires sont empêchés d’entrer dans la bande de Gaza.

Un nettoyage ethnique des Palestinien.nes de Gaza est en cours, et de nombreux observateurs juristes affirment que ce niveau de violence équivaut à un génocide [1]. Mais ce qui s’est passé - choquant et terrible au regard du nombre de victimes, dont des enfants et des personnes âgées - crée non seulement un nouveau scénario politique, mais surtout impose un nouveau cadre de réflexion.

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Gaza en 2014 : géographie du blocus

Pour compléter votre lecture  : https://www.visionscarto.net/gaza-e...

[1] Lire sur le site des Nations Unies le texte sur la définition du génocide et le texte de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée le 9 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies

Source : VISIONSCARTO

par Ruba Salih
Professeure d’anthropologie au département des arts de l’université de Bologne,
et membre du conseil d’administration d’Insaniyyat, la société des anthropologues palestinien·nes.